Hommage à Guy Gaujacq -21 juin 2016

La Fédération des Landes m’a demandé d’écrire un texte en hommage à mon ami Guy Gaujacq . Vous le trouverez ci-dessous :

Mon cher Guy,

Comment se résoudre à cette idée que nous n’irons plus jamais déjeuner ensemble pour refaire le monde, que plus jamais je ne sentirai, chez toi en passant boire un café, cette odeur de Gitanes, de livres et de vieux journaux qui s’entassent qui t’accompagnait quelle que soit la maison que tu occupais. Tu étais d’abord un homme de lettres, un intellectuel devenu un élu un peu par hasard. Enfin par hasard, pas tout à fait, il faudrait plutôt dire par passion, des idées, des hommes et d’un territoire, cette Chalosse que tu as tant aimée et pour laquelle tu as sacrifié tant et tant de journées, de soirées et de week-ends pour convaincre inlassablement, expliquer et réexpliquer, pour faire triompher les causes que tu estimais justes. Ta passion de la justice, la haine de la bêtise et des inégalités étaient ce qui t’animait au plus profond de toi-même. L’injustice , si tu parvenais à la supporter pour toi même, t’était insupportable lorsqu’elle frappait les autres. A cette heure où la vie politique est peuplée de gens pressés et sans idées, tu prenais toujours le temps de faire triompher les tiennes quoiqu’il puisse t’en coûter. Récemment, tu avais même pris tes distances avec ce Parti Socialiste que tu aimais tant et qui t’avait déçu. Tu l’avais fait pour de bonnes raisons, pour tes idées, tes convictions et non pas pour telle ou telle petite déception personnelle. Tu souffrais, en effet, depuis des années de cette dérive qui conduit certains de nos camarades parisiens à confondre désormais trop souvent la nécessaire adaptation de nos idées aux rigueurs et aux nécessités de l’époque , avec un pur et simple ralliement au programme de nos adversaires.

Si je devais choisir un mot te concernant, ce serait sans doute générosité. Générosité dans tout ce que tu as entrepris comme militant de la Fédération des Landes du Parti Socialiste, parce que tu fus d’abord et avant tout un grand militant, l’un des fondateurs de cette Fédération. Tu en fus ensuite l’un des élus importants, Conseiller général de Montfort en Chalosse et Président du groupe socialiste au Conseil Général des Landes. Générosité avec tes amis, avec tes collègues, avec toutes celles et tous ceux qui avaient besoin de toi, et que tu n’abandonnais jamais dans la difficulté. Cette générosité dans l’engagement t’a parfois joué des tours parce que tu t’es toujours refusé à mettre tes idées et tes convictions dans ta poche quoiqu’il puisse t’en coûter.

Et en effet, tu l’as parfois payé cher. Ta défaite à Montfort t’avait profondément blessé même si tu avais pris grand soin de ne rien en laisser paraître. Je sais qu’il t’a fallu trois longues années pour pouvoir tourner la page. Dès lors, tu as repris le combat avec la même passion et avec la même force, au service de l’Association des Maires des Landes, de Culture du cœur ou de la Ligue de l’enseignement.

Tu croyais avec une grande sincérité à la force des idées, de la culture, de l’éducation populaire et de la formation des élus comme des militants. Ce fut ton dernier combat. Ces Gitanes dont tu ne parvenais pas à te débarrasser t’auront empêché de mener à bien tes derniers projets.

Te retirer loin d’ici en Crète pour lire, pour écrire, pour réfléchir, pour peut-être devenir l’écrivain et le poète qu’au fond tu aurais toujours aimé être, cette saleté de maladie que tu as affrontée avec dignité sans jamais te plaindre ne t’en aura pas laissé le temps.

Mon cher Guy, tu me manques déjà. Penser que je ne vais plus pouvoir te téléphoner, partir avec toi déguster un magret, un Madiran pour refaire le monde, écouter tes conseils, t’écouter me parler de tes dernières lectures, de tous ces articles, de tous ces livres que tu m’envoyais pour m’appeler ensuite avec toujours cette même question : « Alors, alors tu en penses quoi ? ». Tu nous manques déjà. Tu as aimé les Landes et les Landais et particulièrement cette Chalosse à laquelle tu as consacré toute ta vie, parce que tu étais un homme de fidélité et un homme qui ne renonçait jamais. Tu étais le contraire d’un arriviste, plutôt un idéaliste, cette catégorie d’hommes et de femmes souvent moqués mais qui nous manquent à l’heure où triomphe le cynisme. Tu aurais pu faire tienne cette maxime de Jean Cocteau : « La première place ne m’intéresse pas, ce qui m’intéresse, c’est une place à part ». Cette place à part, tu l’as gagnée pour toujours dans nos cœurs et nous séchons nos larmes en nous retournant sur tout ce que tu as fait, parce qu’au fond, nous savons toutes et tous que tu as réussi à accomplir l’essentiel des combats que tu voulais mener.

Adieu Guy, Adieu notre ami. A nous désormais d’être à la hauteur des valeurs et des messages que tu nous as transmis pendant toute une vie d’engagement car , comme tu me l’as si souvent répété , « il est inutile d’espérer pour entreprendre et de réussir pour persévérer » . Puisse ton message nous inspirer tous encore.

 

 

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