Sans profonde remise en question, la sanction que nous venons de subir n’est rien à côté de la débâcle qui nous attend aux élections européennes. Il y a un risque réel et imminent, pour le Parti socialiste, d’être devancé par la droite et l’extrême droite.

Qu’ils sont dangereux pour la gauche, qu’ils sont exaspérants pour les Français, les éléments de langage répétés en boucle sur leur «impatience», leur «attente de résultats» d’une «politique qu’il faut amplifier» ! Rien ne serait plus grave que d’être sourd à leur vote, voire de le dévoyer.

Ils ont sanctionné les couacs et le manque de solidarité gouvernementale, mais nous ont aussi signifié que le redressement avait trop pris le pas sur la justice. Ils nous ont rappelé sans ambiguïté qu’en 2012 ils n’avaient pas choisi le «Parti social-démocrate», encore moins le «Parti social-libéral», mais bien le Parti socialiste.

Un remaniement cosmétique ne pourra pas, seul, répondre à la défiance qui s’est installée entre la gauche et les Français. Si «tout change pour que rien ne change», comme dans le Guépard de Lampedusa, nous subirons à nouveau leur colère. Désormais, le PS est face à cinq défis urgents et majeurs.

Un nouveau pacte rose-rouge-vert

Réconcilions la gauche. Les Français préfèrent toujours la gauche plurielle à la gauche bordel. La théorie des deux gauches irréconciliables − l’une de gouvernement, l’autre d’opposition − est suicidaire face à une droite qui, même secouée par les affaires et les ego, reste redoutable. Il faut élargir la majorité : le PS doit jouer son rôle central, sans hégémonie, dans un nouveau pacte rose-rouge-vert, qui vient de montrer sa force en remportant Paris autour d’Anne Hidalgo.

Parlons au peuple du 6 mai plutôt qu’au Medef. Il faut répondre à l’attente de justice sociale et de pouvoir d’achat, plutôt qu’aux injonctions d’un patronat que les allégements de cotisations ne rassasient jamais assez depuis trente ans. Le PS n’a pas été élu pour plaire à M. Gattaz qui, malgré la pluie de milliards reçus par les entreprises, nous a infligé un camouflet sur les contreparties depuis un voyage présidentiel aux Etats-Unis, puis s’est réjoui de la censure de la loi Florange.

Réorientons notre stratégie économique pour la croissance. Le crédit d’impôt compétitivité et emploi (CICE) n’a pas permis l’inversion de la courbe du chômage. Le pacte de responsabilité, même teinté de social-écologie, ne créera au mieux que 300 000 emplois pour 30 milliards d’euros. Pourquoi ne pas plutôt, et pour un coût moindre, amplifier la réussite des emplois d’avenir ? Pourquoi ne pas relancer l’économie par l’investissement dans les technologies vertes, la formation, le logement ? Notre économie ne retrouvera pas sa compétitivité par l’austérité imposée aux Français et les cadeaux fiscaux massifs à des entreprises plus préoccupées ces dernières années par les dividendes de leurs actionnaires que par l’investissement.

Reprenons la bataille idéologique. Nous avons été trop timorés face à la droite depuis deux ans. En matière économique : en témoigne notre frilosité sur la séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires, ou sur la taxe à 75%. En matière sociétale, comme l’illustrent notre reculade sur la PMA au lendemain d’une manifestation extrémiste ou l’enterrement du droit de vote des étrangers. Si nous ne sommes pas fermes sur nos valeurs, nous serons battus par le FN et l’UMP dans les têtes et dans les urnes. Le président de la République doit, comme au Bourget, renouer avec le rêve français, adresser un grand discours à la nation sur notre projet politique pour la France.

Une imprimante à communiqués de soutien aux ministres

Enfin, redonnons son rôle au Parti socialiste. Il faut refuser de subir la logique de la Ve République, qui réduit le PS à un parti falot inaudible, une imprimante à communiqués de soutien aux ministres. Il n’est pas sain, pas conforme à notre culture démocratique, qu’un virage idéologique comme la politique de l’offre ne soit discuté dans aucune instance du PS. Le sarkozysme est mort de son caporalisme : notre parti doit redevenir le lieu du débat pour que le gouvernement reste celui de la cohésion. C’est tout le dispositif de la majorité qui doit évoluer pour soutenir efficacement le président de la République.

Nous, socialistes français, avons une responsabilité particulière, dans ce moment où la crise ouvre la voie aux conservateurs, aux nationalistes, et balaie les progressistes. Au Royaume-Uni, les travaillistes ne se relèvent pas du blairisme. En Italie, l’énergie de Renzi dissimule mal que la gauche n’a plus aucune colonne vertébrale. En Allemagne, le SPD paie les années Schröder et doit se contenter d’une coalition avec Merkel. En Grèce, le Pasok a été purement annihilé. En France, si nous ne voulons pas que la gauche ne soit une nouvelle fois qu’une parenthèse, le changement, ça doit être maintenant !

Par Stéphane Delpeyrat, secrétaire national du PS, maire de Saint-Aubin, et Mehdi Ouraoui, membre du conseil national du PS.

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