Billet d'humeur

Mad Max , Houellebecq et La Loi du Marché.

A BV

On le sait dans ce film , culte , sorti en 1979 , tous les repères se sont effondrés dans un pays qui pourrait être partout et nulle part pendant que des groupes s’affrontent avec une violence sans limite pour le contrôle de ressources devenues rares. Dans ce chaos généralisé seule la figure du héros , au sens américain du terme , semble en mesure de maintenir une part d’humanité  en usant cependant  lui aussi de la force pour imposer sa vision de la justice. Puisque qu’un troisième opus vient de sortir, je me suis souvenu de ce film et de l’accueil qu’il reçu à l’époque. C’était l’après choc pétrolier et les premiers débats autour du rapport du Club de Rome sur les limites de la croissance. On perçut sans mal dans le film le parfum du monde qui nous attendait peut-être. 36 ans plus tard on ne peut pas dire que nous avions tort de le recevoir ainsi. Les images quotidiennes de Daesh ou les exactions  régulières de Boko Haram , celles qui nous parviennent de Syrie, d’Irak ou de Lybie nous plongent directement et terriblement dans le monde   » Mad Max « . Mais dans ce monde là point de héros pour rétablir la justice , point de Mel Gibson ou de Clint Eastwwood : juste la barbarie brute , sans fard.

Mais la  » Mad Max  » société n’est pas qu’un phénomène exotique ou lointain. Le néo-libéralisme, qui a rongé comme l’acide tous les collectifs qui faisaient tenir la société : le travail , la politique, etc, a fabriqué des individus de marché, voire de supermarché,  » particules  élémentaires  » s’entrechoquant sans but précis mais contraints à une guerre sociale dont ils ne comprennent plus la raison.

Vincent Lindon a magnifiquement incarné récemment dans  » La Loi du Marché  » ce nouvel état de l’individu contemporain.

Désormais seuls les chiffres comptent. Tout est mis en équation. L’argent est roi et la morale de moins en moins reine. Les chefs d’état ne font plus de politique mais de l’économie. Nous sommes rentrés dans l’ère délirante de l’auto-régulation du marché et des sociétés par des équations mathématiques qui n’ont aucun sens mais se piquent d’accomplir le divin projet de l’harmonie universelle enfin réalisée par la  » main invisible  » de Smith ( qui sévit aussi dans  Matrix )

Pourtant c’est plutôt d’un enfer dont il faudrait parler. La violence politique par la guerre souvent , la violence sociale partout et les repères qui tombent les uns après les autres pendant que  » la maison brule  » comme disait le père Chirac.

Cette société donne la nausée. Les politiques qui ont déposé leurs armes sur l’autel du très saint marché ne parviennent plus à donner l’illusion de maitriser la situation, pas même lorsqu’il s’agirait de recourir à une morale élémentaire pour sauver les migrants de Méditerranée . Et ces milliers de naufragés nous renvoient chaque jour à notre propre violence celle de l’indifférence . Face aux conflits, face au désastre écologique qui vient, face au fascisme brun ou vert, face à la brutalité sociale qui avance désormais sans fard avec notre lâche complicité.

L’indifférence, cette maladie, cette langueur qui précède la  » Soumission « . Nous sommes bien passés de Mad Max à Houellebecq, là où nous rêvions autrefois de lendemains qui chantent, nous osons désormais à peine espérer   » sauver la planète  » sans trop y croire.

Nous en sommes réduits à attendre Mel Gibson ou l’inspecteur Harry pour sauver ce qui peut l’être. Qui peut encore nous sauver de ce destin médiocre et pathétique ?. Quelles forces sociales vont se lever pour mettre un terme à ces barbaries qui avancent partout  dans ce désert politique ?. Elles sont là pourtant. Je les sens qui émergent, encore hésitantes, mais bien présentes. Même dans Mad Max on finit par trouver quelque part un jour de l’eau et de l’herbe, bref un début de civilisation pour que tout renaisse à nouveau sur les cendres.

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